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Mes réalisations et mes recherches dans le domaine des ateliers du livre à l'époque médiévale (outils, costumes, accessoires, mobilier, etc.) et notamment dans la tentative de restitution d'un atelier de copistes et enlumineurs dans la cité de Metz dans la 1ere décennie du XIVe siècle.
Investissant pour la deuxième année la cour médiévale des musées de la Cour
d’Or de Metz dand le cadre de la "Semaine médiévale" organisée dans ces lieux, les Ruistres sans Terre ont fait revivre cet espace, à l’image d’une ruelle animée où l’on pouvait croiser de
nombreux artisans et habitants. C’est donc en compagnie de mon cher et tendre Goscelin, ainsi que de notre nouvelle apprentie Mélissandre que nous avons installé notre atelier d’enlumineurs dans
l’une des boutiques en pierre de Jaumont qui bordent cette cour.
Tout au long de la journée de
nombreux visiteurs ont visité notre antre plutôt frais où nous expliquions les différentes étapes de la fabrication d’un manuscrit à l’époque médiévale. Non loin de là, Dame Lydie, la copiste
faisait démonstration de ses talents en calligraphie, et la proximité de nos ateliers était un atout pour montrer le processus de fabrication des codices. Plus loin, d’autres artisans médiévaux
animaient les abords en présentant leur savoir-faire : la bimbeloterie, les métiers du textile (le feutrage, le filage, le tissage, la broderie, etc.…), le travail du cuir, la forge et la
présentation des épices tandis que la présence rassurante d’hommes d’armes permettait d’aborder la vie militaire dans la cité messine au XIVeme siècle.
Pour notre part nous avions divisé
notre atelier en trois parties : Mélissandre, nouvellement arrivée au sein des enlumineurs, expliquait les supports d’écriture provisoires, comme par exemple l’exemple de la tablette de
cire. De nombreux visiteurs ont pu essayer cet outil indispensable pour la production de manuscrits. A côté de la jeune apprentie, Goscelin montrait la préparation du parchemin, la fabrication de
l’encre metallo-gallique et la fabrication de divers outils. Enfin, de mon côté j’expliquais la préparation des différents liants, colles et pigments nécessaires à la fabrication de
miniatures. Ce fut un réel plaisir que de s’installer dans ces murs anciens qui nous permettait de saisir l’atmosphère des ruelles artisanales médiévales dans notre belle cité et, dans l’avenir,
nous ne manquerons aucune occasion de revenir nous réinstaller dans ces lieux si propices.
Afin de s’imprégner de l’atmosphère qui pouvait régner dans un groupe de pèlerins
en route pour Saint-Jacques de Compostelle, nous avons participé le dimanche 24 mai à une marche de 17 kilomètres dans la région des Trois vallées, à la découverte des aîtres médiévaux et des
églises fortifiées de la vallée du Rupt de Mad. C’est sous une très forte chaleur que nous avons découvert champs, bois et monuments. Cette marche était également l’occasion de tester nos costumes et notre matériel. A midi
nous sommes arrivés à Bayonville où nous nous sommes restaurés et où certain(e)s se sont même baignés. L’après-midi nous avons rejoint Arnaville où la fête battait sont plein. Davantage d'informations et de photos sur le site des Ruistres sans Terre.
Juste
avant de se mettre en route....
Une petite halte rafraîchissante sous les ombrages ...
A la demande d’Hydromel, qui,
il y a peu, me laissait un commentaire me demandant de plus amples informations sur les vêtements de travail que j’ai réalisés pour mon séjour à Guédelon, je mets ici quelques photos et des
liens concernant la robe à manches dépassées, que l’on retrouve à plusieurs reprises sur la Bible de Maciejowski. Ce manuscrit a été réalisé dans la 1ere moitié du XIIIe siècle, ce qui correspond
à la période de construction du château. Après, le choix d’une robe « à manches dépassées », s’est bien vite imposé du fait des travaux que j’allais mener : teinture de laine,
fabrication de tuiles, etc.… donc de nombreuses activités où mes manches ne devaient pas gêner ou se retrouver imbibées d’eau ou d’argile.
Le patron de cette robe est un simple patron en T, la différence se
faisant au moment de la couture des manches, qui ne sont cousues que sur 15 cm à l’arrière. A toutes les étapes de sa fabrication je me suis référée à l’article d’Hémiole sur les robes à manches
dépassées. Enfin, j’ai réalisé une seconde version de ma coiffe de travail. C’est ainsi vêtue que j’ai pu arpenter le chantier. Les manches dépassées ont été une véritable plus-value dans ce
costume, donnant une vraie liberté de mouvements et permettant de ne pas salir les manches.
Afin de compléter ma tenue de
bourgeoise messine du début du XIVe siècle, je me suis penchée sur certains accessoires. Le chapelet a retenu mon attention car je l’ai retrouvé à deux reprises sur des miniatures du manuscrit
Metz BM 1588 (feuilletable ici) , auquel mon personnage est
sensé être contemporain. Après quelques recherches sur le sujet, je me suis décidé pour la fabrication d’une « patenôtre » ( ce terme vient du vieux français patenostre, dérivé
des mots latins pater noster) en os et en corail, car ces matériaux sont très courants à l’époque. Elle compte 74 perles, tout comme un chapelet complet retrouvé lors de fouilles en
Irlande. Les perles d’os ne sont pas totalement sphériques car leur mode de production ne permettait pas encore, aux alentours de 1300 de leur donner une rotondité parfaite. Enfin un pompon de
soie rouge vient compléter le tout.
Origine et usage à l’époque
médiévale :
L’usage de rangs de perles
comme moyen mnémotechnique pour répéter des prières est une pratique très ancienne. Dans certaines relions orientales, elle remonte à plusieurs milliers d’années. Pour le Christianisme, la
première référence à ce système de comptage de prières remonte à l’ermite Paul d’Egypte, qui au IVe siècle emplissait les pans de ses vêtements de 300 petites pierres qu’il manipulait en répétant
ses prières. Au VIIIe siècle, des prières répétitives commencèrent à être données comme pénitence. Il s’agissait le plus souvent du Pater Noster et, dans les communautés monastiques, des 150
Psaumes. A partir du XIIe siècle, avec l’essor du culte marial, on commença à introduire l’Ave Maria, qui donnera plus tard le Rosaire.
Les diverses
sources :
Au niveau
archéologique, ces objets de dévotion personnelle sont les éléments de joaillerie les plus courants et ils étaient utilisés aussi bien pas les clercs que par les laïcs. Les fouilles de
Londres (réalisées entre 1974 et 1988) ont mis à jours de nombreuses perles isolées qui pourraient appartenir à ce type d’objet. En Irlande, le Waterford museum possède les deux plus
anciens chapelets d’ambre conservés. Le premier est incomplet et se compose de 16 perles de formes diverses. Le second est l’un des rares exemples de chapelets complets : il se
compose de 74 petites perles circulaires et de 9 grosses perles et fait 248 mm de long.
Les variations des tailles
des perles suggèrent la division pour les différentes prières, mais les intervalles nous sont inconnus, car aucun patenôtre ne nous est parvenu enfilé. Les fouilles de Londres tendent à montrer
que les cordons étaient le plus souvent en soie, mais l’on a quelques traces de cordons en laine, en coton, en lin, en corde ou en ruban. Il est à noter que dans ces mêmes fouilles
londoniennes un cordon tubulaire tissé en soie datant de la fin du XIVe siècle à été découvert. Un autre chapelet complet a été trouvé dans la tombe de la comtesse Ela de Salisbury, enterrée en
1261 au couvent Augustinien de Lacock. Son corps était accompagné de perles 29 perles d’ambre bleue, blanche et jaune et de verre turquoise.
Les miniatures sont également
une source précieuse pour voir des patenôtres dans leur intégralité ainsi que leur forme. Pour ma part, je me suis inspiré de deux figures de femmes en prière issues du manuscrit Metz
BM 1588, datant du début du XIVe siècle. Ces dernières portent des chapelets en forme de boucle, terminés par un pompon. Une autre miniature montre l’autre forme coexistante : un rang
de 38 perles terminé aux deux extrémités par deux pompons. Ce manuscrit de 1353 provient de Silésie (Pologne) et illustre un récit hagiographique sur sainte Hedwige.
Les matériaux et la
fabrication :
Les Patenôtres les plus
humbles étaient réalisées en corde nouée. Pour l’Europe du nord, les matériaux les plus utilisés sont le bois et l’os. D’ailleurs d’énormes quantités d’os découpés pour la réalisation de
chapelets ont été trouvé dans dépotoirs d’ateliers à Bâle et Constance. Vers 1300, la fabrication de perles était plus « domestique » que professionnelle. Il s’agissait d’une production
à petite échelle et les perles, fabriquées à l’aide d’un tour à archet dans les os long de bovidés, étaient plus souvent des anneaux que des sphères. Aux alentours de 1400, la forme des perles
d’os changea car le choix des os se porta sur les métatarses du pied des bovins, où il est plus facile de faire des sphères. C’est à partir de cette époque que la production de chapelets augmenta
considérablement. Ces perles en os étaient généralement d’un très petit diamètre (4-6 mm) mais l’on trouve également quelques perles d’un diamètre un peu plus élevé (7-12 mm), ce qui tend
également à prouver l’existence d’une division des prières entre les Pater Noster et l’Ave Maria.
La méthode de fabrication en os et bois visible sur une miniature de 1484 représentant un fabricant de
patenôtre au travail, utilisant un simple tour à archet. Il a, suspendu devant lui, un cordon droit se terminant par deux pompons, une boucle de 10 perles, et plusieurs autres boucles comprenant
entre 20 et 50 perles.
A Paris, ces artisans étaient
organisés en guildes (métiers), différents suivant la matière première utilisée. Ainsi, pour Paris en 1260, le livre des métiers d’Etienne Boileau recense 3 branches de
patenotriers : une pour les fabricants de chapelets en os et/ou corne, une autre pour ceux de corail et de nacre et enfin la dernière pour ceux d’ambre et de jais.
Les perles de patenôtres
pouvaient revêtir diverses formes, comme le montrent la première enluminure issue du manuscrit Metz BM 1588 ainsi que les chapelets d’ambre conservés en Irlande. Certes la majorité des
perles étaient de forme ronde mais parfois des perles en forme de losange pouvaient être utilisées, ainsi que des éléments cylindriques, des disques ou des anneaux.
Comme le montrent cette même
miniature, la tombe de la comtesse Ela de Salisbury ainsi que le règlement des métiers d’E. Boileau, de nombreux matériaux étaient utilisés pour composer un même chapelet : on trouve ainsi
parfois des graines, des noix, de l’os, de la corne, des coquillage, du bois, du verre, de l’argile, de la nacre, de l’or, de l’argent, des perles d’émeraude, de saphir, de diamant, de jaspe, de
cristal de roche et d’ivoire. L’ambre et les pierres semi-précieuse étaient couramment utilisés, notamment pour marque la séparation entre les décades (rangs de 10 perles), tout comme le
corail. Les matériaux des perles étaient choisis pour leur beauté mais aussi pour les propriétés mystiques attribuées aux pierres : ainsi l’améthyste était sensée protéger de
l’ivresse, le corail renforcer le cœur et l’émeraude combattre l’épilepsie. Le corail était s’en doute l’élément semi-précieux le plus populaire, car il combinait une grande légèreté, une couleur
symbolique (symbolisant peut être le sang, la destinée et le pouvoir de la Pentecôte) et il passait pour protéger du « mauvais œil ».
Bibliographie :
- A. Gottschall, Prayer Bead Production and use in Medieval
England, University of Birmingham.
- A. Winston-Allen, Stories of the Rose: The Making of the Rosary in the Middle
Ages? University Park - Pennsylvania.
- G. Egan & F.Pritchard, Dress Accessories c. 1150-c.1450, (fouilles archéologiques de
Londres).
- E. Crowfoot, F. Pritchard & K. Staniland, Textiles and Clothing,
c.1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).