Après avoir réalisé mon propre chapelet médiéval (voir ici), je me suis attelée à la réalisation de plusieurs autres objets de ce type, pour les membre des Ruistres sans
Terre, suivant le revenu et le statut de leurs personnages. Cela me permet, lorque les conditions météologiques ne me permettent de sortir notre atelier d'enluminure, d'expliquer l'usage et les
aspects de ces objets de dévotions personnelles. Certains patenôtres très luxueux n'ont été réalisés que dans le but d'expliquer les matières et les usages, et aucun de nous ne pourrait arborer
un objet aussi coûteux.
Les patenôtres sont l’équivalent médiéval de nos chapelets Ce sont sans conteste l’élément d’ornement, voir même de joaillerie, le plus présent dans toutes les couches de la population, des clercs aux laïcs. Bien entendu, dans le choix d’un tel objet, l’aspect esthétique ne vient qu’après la symbolique et l’usage religieux.
La pratique d’utiliser des perles comme moyen mnémotechnique pour compter le nombre de prières prend naissance dans
les monastères, où certains membres illettrés (convers, frères lais), étaient incapables d’apprendre par cœur le Psautier en latin (contenant 150 Psaumes). On leur impose donc la récitation
d’un certain nombre de Pater Noster. Vers 1150, la récitation de l’Ave Maria en lieu et place du Pater Noster devient de plus en plus répandue et l’idée d’adresser 150 ou 50 Ave à la
Vierge Marie s’impose rapidement.
La structure même du Paternoster découle de cet usage : on adopta donc très communément un procédé pour compter
en multiples de cinquante. On trouve ainsi des patenôtres à 50, à 100 ou à 150 perles.
Les matériaux utilisés pour la réalisation de ces objets sont très variables, en fonction du souhait du propriétaire et de sa richesse. Ainsi, les plus pauvres pouvaient avoir des cordelettes de chanvre ou de lin nouées, tandis que les plus riches pouvaient arborer de véritables œuvres d’orfèvres, en matériaux précieux (argent, or, rubis, émeraude, saphir, diamant, perle, jaspe, cristal de roche, ivoire, nacre, etc.). Les chapelets d’ambre et de verre étaient plus communs, et la grande majorité était en os ou en bois. On trouve d’énormes quantités de déchets dus à la fabrication de perles dans les métacarpes de bœufs ou dans du bois. Des perles de verre servaient à imiter des matériaux nobles comme le corail ou la nacre, mais avec une certaine fragilité et un poids accru.
Très souvent, les matériaux étaient très variés sur un même patenôtre et les perles n’était pas toutes de la même forme (on
retrouve ainsi sur un même objet des perles en forme de losange, de carré, de cylindre, de disque ou d’anneau). Quant à la forme du chapelet en lui-même, deux formes coexistent : la
patenôtre linéaire et celle en forme de boucle. Suivant le modèle, les extrémités sont ornées d’un ou plusieurs pompons de lin, de laine ou de soie.
Les propriétés mystiques et les superstitions liées aux matières naturelles entraient également en considération pour les plus aisés. Certains lapidaires, à l’exemple de celui de Marbode écrit au XIe siècle, attribue aux différentes pierres des effets. Ainsi l’améthyste préviendrait de l’ivresse, le corail fortifierait le cœur et l’émeraude aiderait à combattre l’épilepsie.
A Metz, l’usage de patenôtres pour la piété personnelle est attesté au moins depuis le début du XIVe siècle puisque l’on trouve plusieurs figures de femmes priants à l’aide de cet objet dans un Livre d’Heures réalisé vers 1305.
Un bas-relief représentant des donateurs, datant de la fin du XIVe siècle et provenant également de la cité messine montre plusieurs personnages possédants des chapelets (la photographie est cliquable pour être plus lisible).
Bibliographie :
- A. Winston-Allen, Stories of the Rose: The Making of the Rosary in the Middle Ages? University Park - Pennsylvania.
- G. Egan & F.Pritchard, Dress Accessories c. 1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).
- E. Crowfoot, F. Pritchard & K. Staniland, Textiles and Clothing, c.1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).