Une fois n'est pas coutume, c'est aujourd'hui au tour de Goscelin de vous présenter notre nouvelle réalisation: un codex complet!
A force de faire des enluminures, il vient un moment où l'on voudrait les voir dans leur contexte, plutôt que sur une feuille volante. C’est pourquoi notre atelier s’agrandit cette année en développant un autre aspect de la création du livre : la reliure. Après avoir suivi un stage de reliure avec un excellent professeur, Olivier Maupin (dont voici le site), j’ai ainsi lancé le projet de concevoir un premier livre de A à Z.
Notre choix s’est porté sur un petit psautier (17cm x 13cm) de 214 pages. Ce genre d’ouvrage de dévotion personnelle, relativement peu coûteux, correspond bien à cette fin de XIIIe siècle où les livres deviennent accessibles à d’autres classes sociales que la noblesse et le clergé. Le style de la reliure est dit roman (utilisé du XII au XIVe siècle, avec quelques exceptions subsistant encore plus longtemps), car il nous a été impossible d’attester que la reliure dite gothique (dont les règles évolueront peu du XIVe au XVIe siècle) était déjà utilisée à Metz à la fin du XIIIe siècle.
Mathilde a calligraphié les quatre premières pages ainsi que les lettres filigranées dont il a été question dans un article précédent (c'est ici), puis nous avons cousu ce feuillet, avec les cinquante-deux autres, à trois nerfs de cuir blanc. Les nerfs sont ensuite passés dans des trous façonnés dans les ais (planches de bois qui font office de couverture), et maintenus en place par des chevilles. Remarquez que les trous en question sont rectangulaires, permettant ainsi aux nerfs d’y pénétrer à plat ; plus tard, la reliure gothique simplifiera cela en enroulant le nerf pour le faire passer dans un simple trou rond.
Les ais sont en chêne, comme c’était presque toujours le cas. Leurs bords ont été légèrement
arrondis pour donner une forme plus élégante et pour éviter qu’ils ne blessent le cuir qui le recouvre. Ce dernier est une peau de chèvre qui a été teinté en rouge. Le cuir recouvrant les livres
étaient souvent teinté en couleurs vives pour renforcer l’aspect ostentatoire de l’ouvrage. Notez comment sur le dos, le cuir marque les nerfs utilisés pour relier les feuillets : bien que
l’utilisation de nerfs sera abandonnée pour la plupart des livres à l’époque moderne, on continuera de créer des faux nerfs décoratifs en oubliant leur usage premier.
Le dernier ajout, à la fois décoratif et utilitaire, est la tranchefile. Il s’agit d’un tressage de cuir dont le rôle est de renforcer le haut et le bas du dos, tout en n’empêchant pas l’ouverture du livre.
Et voilà le résultat : un livre comme il en existait dans des familles relativement aisées à Metz, et qui devait consister en le travail le plus courant pour les ateliers du livre messins, bien avant les célèbres manuscrits hors de prix qui sont parvenu plus facilement jusqu’à nous. Quant à nous, nous ne nous arrêterons pas là, et nous espèrons que ce livre ne sera que le premier d’une longue série de création ! Nous profiterons d’un prochain travail pour parler avec plus d’attention d’une étape précise de la reliure médiévale.